Technique du Raku


Pour évoluer dans cette technique, je travaille par génération, de la conception à la cuisson, et à chaque génération je me concentre sur une pièce qui retient plus mon attention que les autres et je recommence autour d'elle.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas, j’utilise la technique du Raku et de la plaque. Je grave la céramique aplatie et encore molle avec tout ce que j'ai sous la main, puis je pose ma forme.  Cette étape est importante pour la pièce, je ne cherche pas la perfection mais plutôt à la figer dans son mouvement naturel, je travaille dans l’instant. Elle reste brute, primaire, naturelle. La pièce va sécher lentement et sera biscuite à basse température (première cuisson). Vient ensuite l’émaillage, je ne crée pas mes émaux (Univers spécifique de mon père ou il a excellé, je ne me risquerai pas sur ce terrain). L’émail est passé à la louche, au pinceau ou à l’éponge, avec plus ou moins d’épaisseur. Ma pièce est alors prête à la deuxième cuisson. Cette fameuse cuisson qui fait “Le Raku”. La pièce chauffée entre 950 et 980 C° sur 2 heures dans mon petit four est sortie incandescente pour être enfumée dans des copeaux de bois et refroidie en suivant dans l’eau. Les effets ne sont pas définis à l’avance, le craquelage si cher au raku n'est pas ma préoccupation, je suis plutôt attirée par les effets du feu et de la réduction (manque d’oxygène autour de la pièce).

Pour certaines pièces, viendra ensuite l'incrustation de la mosaïque. Je choisis les évolutions du graphisme et des couleurs en fonction des empruntes et des émaux du raku. 

 

 

 

Quelques mots sur l'origine du raku:

 

(en japonais : 楽焼 rakuyaki ) est le résultat d’une technique d’émaillage d’origine coréenne qui s’est développée dans le Japon du XVIe siècle. 

Cette technique est liée est un procédé de cuisson. Les pièces incandescentes sont enfumées, et éventuellement trempées dans l’eau. Elles subissent un choc thermique important. Dans tous les cas ces pièces travaillent et chantent ainsi l’histoire de la terre, du feu et de l’eau. L’implication dans le raku japonais est souvent plus profondément issue de sa philosophie, de ses racines et de son sens culturel.

En occident, c’est un mode de technique de cuisson qui dépasse au niveau du façonnage la philosophie orientale consacrée surtout aux bols.

Cette technique de fabrication en cuisson rapide, signifiant des notions de joie, d’aisance et de bonheur.

Le mot RAKU vient d’un idéogramme gravé sur un sceau d’or qui fût offert en 1598 par Taiko au Coréen Chôjirô RAKU.

 

 

LA PETITE HISTOIRE

 

Je me suis lancée dans le raku  en 2006 suite à un cadeau de mon père, un four fabriqué de ses mains, à ma dimension (demande particulière: qu'il soit à roulette et qu'il rentre dans mon coffre de voiture. A l'époque je pensais que cela me serait utile de pouvoir le déménager facilement, en fait ce four n'a jamais vu mon coffre). Quelle était l'idée de mon père? Que j'utilise cette matière pour nouer ou renouer avec la création. Il m'a dit : "E C L A T E  T O I, non de dieu!", oui nous jurons pas mal dans la famille. J'ai cru au départ que mon père n'arrangeait rien du tout, j'étais dans une passe plutôt difficile et nos rapports étaient tendus. Et puis... pourquoi pas... essayer...

 

Au départ mon objectif était de créer un support "noble" pour des petites pièces uniques incrustées de mosaïques. Mais très vite, la terre a pris une place importante dans mes objectifs. Ne voulant suivre aucun apprentissage, je me suis lancée dans une recherche personnelle, étape par étape qui me ramène inévitablement à mon passé, au travail de mes parents, céramistes de métier. Leur atelier, terrain de jeu et d'observation depuis ma plus tendre enfance puis celle de mes enfants soit dit en passant, me sert de puits d'informations sur la technique du feu. Mes souvenirs sont un peu déformés, il me manque des connaissances parce qu'à l'époque je ne prenais pas ce métier bien au sérieux, mais c'est avec cette base que je travaille aidé aussi par le livre RAKUVARIA, très intéressant.

 

C'est une initiation solitaire et constructive que je me permets maintenant de montrer sans prétention aucune. Mon père apprécie mes pièces, c'est un immense compliment, connaissant son approche critique et son niveau exceptionnel en tant que professionnel. Ma mère est très fière de moi, de mon parcours, elle a toujours été un soutient, je l'aime pour ça et pour tout le reste... Je la perds, cette mère tant chérie, inexorablement, petit bout par petit bout. Ils ont été à leur manière ma seule école dans mon parcours.